Sîtârâm nous sert le thé à 7h00. C’est là une intention délicate qui permet de se réveiller agréablement. Puis à 8h00 c’est le petit-déjeuner.
La deuxième journée de marche se fait en terrain plus accidenté. Nous devons traverser le cours d’eau qui longe le camp. Nous rencontrons une première petite plaque de neige. Puis nous montons au travers d’amoncellements de rochers. La neige est de plus en plus présente. Jacqueline se fait un plaisir de fouler et de toucher la neige pour la première fois de sa vie. Après avoir descendu un peu, nous traversons un petit vallon enneigé. La pente est rude, il faut se montrer vigilant et ne pas glisser. Suresh qui a apporté un piolet creuse des marches et sécurise ainsi le passage. Les bords de la plaque de neige sont aussi des endroits délicats, la mince couche de neige peut cacher des trous. Ils ne sont pas profonds mais on pourrait tout de même se casser une jambe si l’on posait le pied au mauvais endroit.
Le parcours se poursuit dans la forêt, quasiment sur terrain plat. Soudain, Suresh nous dit qu’il y a un problème. Les chevaux n’ont pas pu passer, ils n’ont pas pu franchir le val enneigé assez pentu, l’un d’entre eux aurait perdu sa charge. Suresh et Tashî décide de rebrousser chemin pour trouver un autre passage et faire repartir la caravane. Ils nous disent de continuer seuls jusqu’à une clairière qui est relativement proche. Une fois parvenus dans cette clairière l’attente est un peu longue car un orage menace et la pluie commence à tomber. Mais Sîtârâm finit par nous rejoindre en apportant le déjeuner dans son sac à dos. Des cérémonies ont lieu apparemment à cet endroit qui est pourtant très isolé. Il y a un drapeau rouge sur lequel sont inscrits des mantra (formules sacrées), une place à feu et un cours d’eau. Là encore ce serait le dieu serpent qui serait vénéré. D’après l’explication de Suresh cet endroit est particulièrement bien adapté et très agréable pour se réunir à l’occasion de cérémonies. A creuser …
Nous n’irons pas beaucoup plus loin pour camper. Les chevaux arrivent enfin et le campement est installé au fond de cette même clairière. Le lieu s’appelle Mârî et se situe à 3 300 m d’altitude. A cet endroit il y a d’énormes blocs rocheux. L’un d’entre eux a la forme d’une couche, il est même légèrement surélevé dans sa partie supérieure de façon à dessiner comme une tête de lit. Le lendemain matin, quand le rocher a été chauffé par le soleil, je ne résiste pas à l’envie de m’étendre de tout mon long sur cette couche digne de la famille Pierrafeu (c’est Geneviève qui me souffle le nom de cette illustre famille) et j’éprouve l’impression agréable que la pierre me communique son énergie. Je suis rentré en pleine forme de ce trek. Est-ce dû à l’air pur des montagnes ou à cette énergie tectonique à laquelle je crois ? N’utilise-t-on pas des pierres qui sont chauffées pour certains massages revigorants ?
3 ème jour
Le lendemain matin nous sortons de la forêt et nous parcourons des terrains accidentés offrant des paysages singuliers. La surprise du jour vient de Louis qui a une idée qui nous paraît saugrenue au départ. Il veut acheter un mouton pour le préparer à la broche bien sûr. Louis a-t-il compté les moutons pour s’endormir au point de ne plus pouvoir chasser de son esprit ces animaux à la chaire tendre et savoureuse ou plus sérieusement a-t-il besoin de manger de la viande sachant que l’on mange végétariens pendant ce trek ? Quoiqu’il en soit l’idée suit son chemin. Nous repérons un troupeau de moutons en contrebas. Suresh entreprend le fils du propriétaire qui est présent sur les lieux. Un mouton est repéré et il s’agit d’en négocier le prix. Le fils communique par téléphone avec son père qui est resté dans la vallée. Finalement, nous nous entendons sur un prix, à savoir 5 400 roupies, soit 80 € environ. Suresh attache l’animal avec sa ceinture et l’emmène. Il file directement au campement suivant. Le mouton sera tué et rôti le soir même et le lendemain nous mangerons encore de la viande de mouton mais cette fois-ci préparée en ragoût.
Après cet épisode de l’achat du mouton, nous déjeunons et nous poursuivons la marche. Ce tronçon du parcours se révèle particulièrement difficile car nous devons monter jusqu’à près de 3 600 m. La montée est rude même si elle se fait bien sûr en serpentant de façon à atténuer le dénivelé. Cela dit, après quelques haltes pour nous permettre de reprendre notre souffle nous y arrivons tout de même. Arrivé au camp, le troisième, nous découvrons le Deo Tibba, montagne qui culmine à 6 001 m. Le lieu où le campement est établi s’appelle Payangîrû. Il y a une corvée en plus ce soir qui se révèle particulièrement difficile et coûteuse en énergie, à savoir rassembler du bois pour rôtir la viande de mouton. Louis s’est lui-même beaucoup démené ce soir là, au point qu’il fait un petit malaise dans la nuit. C’est peut-être dû à la fois à la fatigue suite à la marche, aux préparatifs du festin et à l’altitude.